July 18, 2005

Toute la vérité… rien que la vérité !

Posted by

Webmaster

Il semble aujourd’hui que la seule chose qui compte aux yeux de notre société est la Vérité.

Plus de chichi, pas de flonflon, rien que la vérité, une vérité nettoyée de tout superflu, une réalité brutale comme témoignage indestructible de la situation. En mettant en vedette la réalité vraie, sans filtre, nous nous dirigeons droit vers une ère où il ne sera plus possible de douter et où par extension s’opposer deviendra superflu.



Mais revenons pour un moment sur ce qui a pu nous conduire à ce culte frénétique du “real”, pourquoi les histoires de princesses n’ont plus la cote ?

Il est clair que le plus grand désaveu de cette fin du 21ème siècle est sans doute celui du modèle journalistique traditionnel. Je ne rentrerai pas dans l’opposition désormais classique des bloggeurs et des journalistes, là n’est pas le propos de mon billet et je n’ai pas les connaissances suffisantes pour épiloguer sur le sujet. Toutefois, force est de constater que le public doute maintenant de plus en plus des médias traditionnels et considère peut-être à raison que les vérités avancées officiellement sont parfois partiales, comme chargées d’intérêts conscients ou inconscients. Les exemples de la guerre en Irak ont énormément contribué à ce sentiment. La vérité serait donc désormais à rechercher ailleurs. Cette profonde méfiance de l’appareil informationnel institutionnel n’est pas sans conséquence importante. Elle a donné un crédit important à une information alternative, individuelle, sans contrôle, et les blogs sont apparus comme les meilleurs outils de diffusion. Rapides, simples, économiques, ils s’adaptent parfaitement à l’alter-information.

Ce point de départ m’a amené à élargir la question car bien entendu cette crainte, cette angoisse systématique ne se trouve bien entendu pas seulement sur le Net. Ce n’est pas lui qui en est la cause, il lui a seulement permis d’exister et lui a offert une caisse de résonance.

Les grands médias traditionnels ont pressenti cette méfiance de longues dates, il suffit pour s’en rendre compte de jeter un simple coup d’oeil aux noms des émissions d’actualité qu’ils proposent en marge du journal : “Plus clair” ; “Le droit de savoir” ; “L’hebdo du médiateur” ; “çà se discute” ; “Y’a que la vérité qui compte” ; “En aparté”… ils entretiennent tous une réalité parallèle mise en scène sous un format qui laisse la place à l’individu, à l’histoire personnelle, aux témoignages. Même le sacro-saint journal télévisé a de plus en plus recours aux documents amateurs !

Logiquement, la publicité est, elle aussi, largement frappée par ce phénomène. Elle nous offre de véritables Sagas où l’on suit au quotidien le parcours d’individus qui veulent se débarrasser de la cigarette, réussir leurs examens en mangeant du yaourt, devenir de bons grands-parents en buvant une petite bouteille de lait, partager avec nous le bonheur d’avoir gagné au Loto… Un monsieur tout le monde, vrai, avec ses imperfections, ses doutes, ses joies, ses victoires…

La vérité brute agit désormais comme un élément de preuve irréfutable. Seule la vérité compte, l’analyse et la démarche intellectuelle sont au mieux considérées comme douteuses au pire bannies purement et simplement.

Faut-il se réjouir dès lors de cette aversion systématique des organes analytiques traditionnels ?

Les résultats du 29 mai sont eux aussi en droite ligne de ce constat. Tout ce que la France compte d’institutions a invité les électeurs à voter OUI pourtant le peuple a fait le strict contraire. Au-delà du résultat et de ses conséquences, le plus dramatique est de constater que plus rien n’influence fortement l’opinion des gens, ni la logique, ni les institutions, ni les intellectuels, ni les médias et encore moins les élites politiques. Je ne peux penser que la victoire du NON soit celle du camp Fabius, Besancenot, Lepen, Buffet, non, ils ne font que récupérer un résultat qui prend son origine dans la méfiance et la crainte du plus grand nombre… Le NON a gagné car pour une large partie de la population il constituait un rempart contre la pensée structurée et donc douteuse.

Faut-il craindre une société qui se méfie systématiquement des grandes institutions commerciales, médiatiques, politiques, religieuses… ?

Personnellement je pense que OUI car même s’il ne faut pas être naïf, nous n’avons rien à gagner à trop de doute… Certes la vérité est essentielle, vitale, elle est le carburant de notre société et nous devons la rechercher sans cesse mais l’être humain a aussi besoin de rêve, de spectacle et continuer à garder confiance dans le fait que que tout ce qui est beau et bon pour lui n’est pas forcément vrai…



Personnellement, je n’ai pas envie de ne regarder que des films à petit budget emprunts de réalisme en me disant que seul ce cinéma est juste et honnête, je n’ai pas envie d’écouter en boucle les disques de Carla Bruni, Vincent Delerm ou Louise Attaque parce que leur simplicité est forcément signe d’intelligence, je n’ai pas envie de m’acheter une Logan parce que cette voiture ne fait aucune promesse inutile et qu’elle seule remplit avec justesse le rôle dévolu à un véhicule, je n’ai pas envie de lire Metro ou 20 minutes pour m’informer et renvoyer à ma seule opinion le jugement des faits.

Je veux continuer d’aller voir Star Wars et penser que la Force m’aidera à combattre le côté obscur, regarder la Star Ac’ parce que çà me divertit, rouler en 4X4 même si le plus haut obstacle que je franchis est le trottoir en face de chez moi, et lire les éditorialistes qui m’aident à me forger ma propre opinion en multipliant leurs points de vue contradictoires et subjectifs.

Je ne veux pas d’une société simple et réaliste, je veux une société multiple et idéaliste.

Jean-Luc GRELLIER

Quelle belle analyse, empreinte de réalisme !
Tu oublie une autre notion qui participe aussi à l’effet méfiance : l’individualisme.
C’est à la fois une cause et une conséquence de la méfiance envers la pensée structurée…
Quand on en vient à se méfier de tout, on se méfie aussi de tout le monde, on devient hyper-parano, on prend tout pour son contraire, ensuite, on finit par ne plus rien analyser, ni écouter, par croire à un complot mondial, et enfin…. s’il y a une fin, on meurt d’un délire de paranoïa aigüe, ou l’on fini, comme certain à prédire et prêcher pour une fin du mon de imminente ou le crash d’un satellite etc.
Le maître mot de notre société, c’est de garder les pieds sur terre, et la tête dans les étoiles…
Conserver avant tout une capacité d’analyse, un vrai sens critique, qui permet de voir ce qu’il y a vraiment à voir dans certaines informations contrôlées et formatées.
Tout n’est pas ni tout noir, ni tout blanc, il y a bien souvent du gris clair et du gris foncé.

Blair Waldorf

cet article est très bien écrit (franchment chapeau)
cependant il me semble que le réalisme ne devrait pas etre associé au terme “simple” car il détient de beaucoup plus que de la simplicité.
Balzac, et Zola doivent se retourner dans leurs tombes en entandant ces termes si péjoratifs.
bonne continuation

Carlos Diaz

Merci du compliment, j’avais complètement oublié ce billet qui a presque deux ans !!! C’est vrai qu’il est bien, merci de me l’avoir fait redécouvrir. Je me rends compte que je n’ai plus le temps ou que je ne prends plus le temps d’écrire ces billets fleuves d’analyse… Je vais m’y remettre, bientôt…